Chemin de Damas

Ce que l’on pensait acquis ou « normal » ne l’est plus aujourd’hui, et ce qui était critiqué et dénoncé par les démocraties libérales est désormais appliqué.
Comme Saul de Tarse sur le chemin de Damas, elles font volte-face et courent, bras ouverts, vers ce qu’elles évitaient à tout prix: l’État-nation et État-providence. Pendant ce temps, concernant la gestion de la crise, la voie est libre car ni les autorités traditionnelles, ni les grandes puissances n’ont la réponse. Ne serai-t-il pas temps de rebattre les cartes?
Chacun pour soi
Le multilatéralisme est mis à l’épreuve. Les membres d’organisations régionales, comme l’Union Européenne, prennent des décisions unilatérales concernant leurs déconfinements et à l’échelle mondiale chaque État gère la crise sanitaire à sa manière. L’ Organisation Mondiale de la Santé (OMS), elle, voit sa légitimité remise en question par ceux-là même qui l’ont créée et ne peut réunir ou recommander de plans de ripostes commune.
La mondialisation et le libéralisme sans frontières ne sont plus à l’ordre du jour. De l’efficacité du multilatéralisme à un monde globalisé de plus en plus interdépendant, c’est plutôt vers le retour de l’État-nation et une autosuffisance que les États s’orientent.
Citoyens..
Les citoyens, eux, se plaignent que leurs pays n’aient pas assez de matériel médical. Certains se mettent donc à produire leurs propres masques et vise l’autosuffisance, car réduire l’interdépendance permet désormais de mieux gérer la crise et satisfaire sa population.
..du monde, je ne sais plus..
La fermeture des frontières et les différentes mesures prises à l’égard des non-nationaux remettent en question l’internationalisme. Pendant que chacun est prié de « rentrer chez soi », la xénophobie et le racisme se font plus fréquents.

L’étranger est pointé du doigt notamment avec le phénomène de ‘seconde vague‘, que l’on associe aux retours d’étrangers, alors que de nombreux porteurs sont souvent des ressortissants du pays. Il est ainsi accusé d’être porteur du virus ou d’en favoriser la prolifération. Prenons l’exemple de la Chine où les ressortissants africains sont victimes de discriminations et d’expulsions, Hong Kong où les Occidentaux sont accusés de ne pas suivre les recommandations sanitaires ou encore les discriminations que relatent des expatriés français à travers le monde.
Où la Chine en fait les frais
Alors que la Chine essayait de refaire surface en tant que sauveur providentiel et modèle, une crise intérieure met en danger ses relations diplomatiques. Après la démonstration de soft power au travers d’Alibaba et Jack Ma par les dons aux 54 pays d’Afrique, ses ambassadeurs ont été convoqués et l’Union Africaine a condamné les discriminations à l’égard des Africains.
Just human : quand légitimités et autorités disparaissent
Personne n’a de réponses ni de méthodes imparables pour résoudre la crise. En devenant tour à tour épicentres du virus, les superpuissances paraissent soudain plus vulnérables et prennent un visage humain. L’obsession de Donald Trump pour le stock market et sa réélection a entrainé la négligence de premiers cas révélés en février et la volonté de Boris Johnson de préserver l’économie lui a lui-même été fatale. On ne croit plus aux chiffres, aux experts, aux scientifiques, aux médecins, aux religions. Ils n’ont pas vu venir grand-chose et ne sont d’accord sur rien.
L’OMS, après avoir critiqué la fermeture de frontières des États-Unis, ignoré les avertissements de Taiwan et tardé à déclarer la pandémie a suscité la colère de Donald Trump qui a mis fin aux contributions de son pays. À sa tête, l’éthiopien Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus ancien membre du parti communiste est soupçonné d’être au service de Pékin.
Pendant que le président des États-Unis et les gouverneurs se disputent sur les mesures de lutte contre le confinement, chaque État suit son propre chemin et les rivalités politiques refont surface. Donald Trump, Jair Bolsonaro et Recep Tayyip Erdogan sont tous les trois dans des bras de fer avec leurs gouverneurs ou élus locaux, rivaux, concernant les mesures à adopter.
La chaise musicale
Alors que les puissances exemplaires d’hier ne figurent pas dans le top 10 de la liste, certains états s’en sortent bien comme la Nouvelle-Zélande, Taiwan ou même le Canada qu’on entend peu. Singapour et le Japon qui étaient érigés en modèle il y a un mois se retrouvent submergés par de nouveaux cas.
De leur côté, les pays en voie de développement se débrouillent beaucoup mieux que les experts l’avaient prédit. Des pays comme le Vietnam et la République de Madagascar avec 270 et 128 cas, respectivement ,s’en sortent avec aucun mort du virus.

Remède possible?
Le président de Madagascar, Andry Rajoelina , n’a pas hésité à annoncer un remède contre le virus appelé ‘Covid-Organics‘ à base principalement d’artémisia. Et ce, malgré l’interdiction de l’OMS, dont l’autorité est actuellement remise en question, d’utiliser la plante. Souvent utilisée contre le paludisme, elle aurait également la capacité de prévenir et soigner le coronavirus.
De son côté, le Vietnam déclare qu’il n’ a pas de traitement mais que l’efficacité de la lutte contre le covid19 est surement due à la rapidité des mesures prises. Effectivement, l’épidémie a été déclarée dès le 1er février , après la découverte de 6 cas. Il est intéressant de noter que c’est pendant la guerre du Vietnam que l’efficacité de l’artemisia contre la malaria a été découverte, une épidémie faisait rage parmi les soldats, mais les Vietnamiens ont pu se rétablir grâce à la plante fournie par leurs alliés chinois. L’utiliserait-il toujours?
Les occidentaux peuvent tout se permettre🤷🏽♀️🤔
C’est maintenant la nicotine qui a été mentionnée par une équipe médicale de la Pitié-Salpêtrière, et citée par Jérôme Salomon lors d’un de ses points quotidiens comme possible arme contre le covid 19. Sachant que le tabac fait plus de 73 000 morts par an en France, on se demande pourquoi il est plus facile d’en parler comme un possible moyen de prévention tandis que l’artémisia est battue du revers de la main et ridiculisée par la presse occidentale.
Le président américain évoquant les injections de désinfectant n’a pas manqué choquer la planète entière.. belle illustration de la situation inédite dans laquelle nous sommes aujourd’hui dans le contexte international.
La nature a horreur du vide, disent-ils
« La nature a horreur du vide » et pourtant depuis le début de la crise elle n’a jamais aussi bien respiré. Mais revenons à notre sujet, ce qui a disparu c’est la confiance. Mais que restent-ils donc à ce qui ne l’avait déjà pas ?
Le repli des nations et la remise en question des autorités entraînera peut-être un flux d’innovations ou verra apparaître de nouveaux acteurs sur la scène internationale. Ne serait-ce pas l’opportunité pour les « petits pays », longtemps mis à l’écart, de présenter des solutions ou de participer à la prise de décision? C’est certainement une opportunité pour certains, et une leçon de modestie pour d’autres.
MAHK

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