Instabilité au Sahel: attaque djihadiste en Cote d’Ivoire

Une attaque dans le Nord de la Cote d’Ivoire a réveillé le pays hier, jeudi 11 Juin 2020. A Kafolo, localité située à la frontière avec le Burkina Faso, cette attaque a fait une dizaine de morts, 6 blessés et un capturé à un poste avancée des Forces armées de Côte d’Ivoire (Faci).

Plutôt stable, le pays est à sa première attaque djihadiste depuis 4 ans après l’attaque de Grand-Bassam en mars 2016, qui a causé 19 morts.

Il y a quelques semaines, une offensive conjointe dans cette zone avait permis aux armées ivoirienne et burkinabé d’interpeller plus d’une trentaine d’individus suspectés d’être des combattants djihadistes.

Les deux voisins nordiques de la Côte d’Ivoire, le Mali et le Burkina Faso, sont en proie depuis des années aux violences djihadistes, défi majeur de la région Sahélo-sahélienne.

Au-delà d’un danger local et régional, la résolution de ce conflit est devenu un enjeu sécuritaire international, eu égard à l’avancée du djihadisme au-delà des frontières et à la menace qu’il constitue contre les intérêts étrangers.

Conflit régional sous fond de conflit national

Une des difficultés pour localiser les responsables, ou empêcher la prolifération des conflits découlent du fait que les groupes terroristes tirent avantage des divisions ethniques, raciales et religieuses.

Au Burkina Faso, par exemple les Peuls sont accusés de complicité avec les djihadistes. Ansarul Islam, organisation terroriste djihadiste composée majoritairement de peuls, remet en question l’autorité du gouvernement central et tente d’imposer la charia. Le Nord du pays, peuplé par les Peuls, est le théâtre d’affrontement permanent.

Le Nord du Mali, lui, est habité par les Touaregs aux revendications sécessionnistes, indépendantistes, et des terroristes salafistes comme Ansar Dine ou AQMI.

Le mouvement de libération de l’Azawad a fragilisé de plus bel le pays scindé en deux depuis 2011, et le chef de l’opposition malienne, Soumaila Cissé, reste introuvable depuis le mois de mars dernier où il a été enlevé.

Au Niger et en Libye, la même insécurité rampante subsiste comme au Burkina où des représailles contre un village peuls eurent lieu suite à l’attaque du village de Yirgou ayant couté la vie à 7 personnes.

Cette ramification empêche de localiser, distinguer clairement les terroristes. Elle leur permet de recruter aisément de nouveaux éléments de manière continue en jouant sur des rivalités internes aux Etats visés. Religions, ethnies, ou volonté de sécession, tous ces facteurs à l’origine de groupe violents entraine une instabilité devenue régionale.

Etats affaiblis.

L’inefficacité des forces de sécurité au Burkina Faso a conduit à la naissance des « koglweogos », des milices civiles quoi font la loi et s’arrogent le droit de sécuriser le pays.

Du coté des forces militaires gouvernementales et régionales, le manque d’équipements adaptés, de formation et de stratégies coordonnées les empêche d’opérer plus efficacement  en coalition. Entre G5 Sahel et Processus de Nouakchott, les Etats de la sous-région tentent d’agir en synergie en conjuguant leurs forces tant bien que mal, mais sans grand succès pour mettre fin au règne des terroristes.

Enjeu régional et international interminable

L’incapacité des Etats concernés à prendre soin de leurs citoyens et de leur garantir la sécurité est mise à nu. L’appui des forces étrangères, notamment françaises, américaines et onusiennes est plus que jamais indispensable comme ce fut le cas en 2014 pour aider le Mali à repousser l’avancée de l’Azawad et récupérer quelques territoires tombés aux mains des groupes djihadistes. Malgré tout, les violences perdurent, et les intérêts étrangers de plus en plus menacés.

La situation sociale, économique et démographique du Sahel ne facilite pas les choses. Bien au contraire, les disparités régionales accentuent les velléités sécessionnistes de certains combattants, qui en font leur cheval de bataille. On se  perd entre déstabilisations continues de la région, affaiblissement des gouvernements centraux, et montée de l’insécurité à l’intérieur des Etats et chez les voisins. 

La menace djihadiste est plus qu’un danger, un enjeu géopolitique et stratégique au cœur des débats dans les relations entre les Etats au sud du Sahara.

La Côte d’Ivoire, pays qui abrite une base des régiments français  à l’étranger, se retrouve ainsi au sein d’un conflit qui se rapproche de ses frontières et menace sa sécurité. A l’approche des élections de 2020, l’attaque de Kafolo n’est pas un  bon signal pour la  stabilité sur le pays, surtout dans le Nord d’où est originaire le chef de l’Etat.

MAHK


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