« Le terrorisme est utile pour commencer, mais ensuite le peuple doit agir. »
Sans le soutien de l’opinion publique, l’insurrection sensibilise mais n’engendre pas de changement politique sérieux pour autant.
C’est un début, mais ce n’est pas un moyen efficace d’obtenir ce que vous voulez, car vous ne pouvez pas apporter de changement seul. De plus, les idées ou les causes pour lesquelles vous luttez doivent toucher le public, sinon il ne sera pas très motivé à vous soutenir et faire pression sur les autorités
Mettant en scène des événements et des personnages réels, les deux films tentent de reproduire l’histoire telle qu’elle s’est déroulée. Malgré les trajectoires différentes, le but des deux organisations était le même, à savoir obtenir un changement politique. Cependant, une a réussi et l’autre a échouée.
Baader-Meinhof est sorti en 2008. Le nom du film est celui du groupe terroriste de gauche qui était actif en Allemagne de l’Ouest dans la période de l’après-guerre. Il se concentre sur la montée et la chute du groupe composé de jeunes Allemands de la classe moyenne encore traumatisés par l’ère nazie qui vient de s’achever. Egalement appelé Fraction Armée Rouge (FAR), ils condamnent entre autres l’injustice, l’absurdité de la guerre du Vietnam et la corruption au sein du gouvernement. Ils lancent des attaques terroristes pour se faire entendre. Le but est surtout d’apporter des changements politiques en matière de politique extérieure.
La Bataille d’Alger (1966), réalisé par Gillo , raconte la bataille d’Algérie pour l’indépendance vis-à-vis de la France. Le film suit les membres du Front de Libération Nationale ou FLN, groupe politique créé en 1954, qui réclamait l’indépendance et la liberté politique par le biais de révoltes armées.
Le film se déroule sur le sol algérien avec un peuple qui se bat pour sa souveraineté nationale et pour changer le cours de l’histoire. Le FLN n’est pas une organisation terroriste mais un mouvement nationaliste qui a utilisé la terreur comme une arme. Le film contient des informations historiquement exactes et est largement basé sur les mémoires de Saadi Yacef, un des dirigeants du FLN qui a également joué son propre personnage dans le film.
Premier contact
Chaque film commence par des brutalités policières ; dans l’un, il y a le meurtre d’un rebelle et dans l’autre, celui d’un manifestant, qui font tous deux une déclaration. Le fait que la police et l’État soient les premiers agents que nous voyons utiliser la violence, nous met inconsciemment du côté des rebelles. Dès le début on comprend leur choix d’agir de manière agressive.
Tout d’abord, les deux groupes établissent des contacts avec le public et essaient d’obtenir l’aide et le soutien de la population. Le FLN utilise la radio tandis que l’Armée rouge écrit des articles pour défendre sa cause et dénoncer les personnes qu’ils qualifient de « traîtres ».
Réception du public
L’obstacle majeur auquel Baaden Meinhof a dû faire face était le fossé générationnel en Allemagne. Au-delà de la différence d’âge, la société est polarisée entre une génération qui a vécu sous le nazisme et a soutenu le fascisme et les jeunes qui l’ont en horreur.
Avec l’accroissement des meurtres d’innocentes victimes, le soutien du public baisse et un des membres de la FAR est livré à la police par un vendeur dans un magasin. Dans la bataille d’Alger, cependant, il n’y a pas de trahison volontaire de la part de la population algérienne. Une fois seulement, des informations sont données sur le FLN après l’usage de violences et tortures par la Force française.
Le camps adverse
Pour répondre à l’insurrection, la perspective des forces françaises et allemandes est suivie à travers les deux films. Le président de l’Office Public Fédéral Pénal allemand, Horst Herold, tente de comprendre les motivations des terroristes au lieu de se concentrer sur l’échec du gouvernement central à les canaliser.
Il déclare que « celui qui occupe une position politique doit changer les conditions qui mènent au terrorisme ». On le voit à plusieurs reprises remettre en question les mesures et l’initiative de l’État pour lutter contre le terrorisme. Dans la Bataille d’Alger, le colonel Mathieu chargé de la répression du FLN utilise la stratégie militaire pour dissoudre l’organisation et surtout retrouver « son cerveau ». Il n’hésite pas à utiliser, la brutalité ou des armes.
On y voit la police poser une bombe dans un quartier arabe, tuant des civils innocents et vandalisant des magasins et des biens algériens. Les policiers allemands eux, brutalisent les membres capturés de la FAR mais il n’y a pas de véritables représailles ou de brutalité comme dans La bataille d’Alger.
Cela est peut-être dû au fait que le FLN tuait des civils européens. Ou qu’il est plus facile de s’en prendre à des » étrangers » qu’à des compatriotes. A vous de juger.
Au bout de la mission
Les deux films se terminent avec la mort des membres clés des organisations. Cependant, dans le cas de la FAR, leur emprisonnement ne signifie pas la fin des activités ou des du combats. Les générations futures de l’Armée Rouge poursuivent les attaques contre les autorités et vont encore plus loin que leurs prédécesseurs en prenant en otage le personnel de l’Ambassade d’Allemagne à Stockholm et en détournant un avion en échange de la libération du personnage principal.
Malheureusement, on constate que les actions de la FAR deviennent insensées vers la fin. Ils divorcent lentement de la réalité. En regardant le film on commence à perdre la trace de la cause.
La proximité : clé importante
Ce changement peut être dû au fait que la cause qu’ils défendaient ne les concernait/impactait pas directement. La distance permet d’oublier et de s’éloigner plus facilement. En parallèle, l’avantage du FLN est le soutien du public algérien, étant tous directement touchés par la discrimination, la violence et la présence française sur leur territoire.
Le peuple allemand ne trouvait pas d’intérêt profond pour ce qui se passait dans le Tiers-Monde ou ailleurs, de sorte qu’obtenir le soutien indivisible de l’opinion publique pour sensibiliser et faire changer les choses a été un grand obstacle pour la FAR. Nous voyons les modèles cité par ces derniers, de Che Guevara ou Mao Zedong, ce qui signifie qu’ils trouvent l’essentiel de leur inspiration dans le communisme et des héros bien loin de l’Allemagne et même de l’Europe.
Le poids de l’opinion public
D’autre part, la bataille d’Alger concerne la construction de la nation et l’indépendance, et non une idéologie.
La scène la plus politique dans la bataille d’Alger :
Un membre du FLN qui s’entretenait avec Ali La Pointe lui dit que « la violence ne fait pas gagner la guerre » et « le terrorisme est utile pour commencer, mais ensuite le peuple doit agir ». Cela confirme le rôle majeur du soutien de l’opinion publique pour la réalisation de tout changement.
En effet, à un moment donné, les forces françaises essaient de détourner et soudoyer les rebelles en leur signifiant que la France est leur patrie et qu’ils doivent coopérer avec eux en « résistant au FLN« .
Le FLN, quant à lui, essaye d’attirer l’attention non seulement de ses concitoyens mais aussi de la communauté internationale. Ils réussiront à se faire remarquer par l’ONU et donc recevoir l’attention international même si cela ne s’avéra pas plus utile que çà. La mort ou le suicide de Ben Mhidi suscite l’intérêt des journalistes et du public ainsi que l’allégation selon laquelle la torture a été utilisée par les Français. Le fait que le film ait été interdit pendant 5 ans en France après sa sortie montre la dimension et l’importance politique de celui-ci.
Aftermath
Baader Meinhof manquait clairement d’un soutien public important et même les membres de la future génération perdirent de vue l’objectif meme du groupe. Malgré la continuité des attaques après l’emprisonnement des fondateurs les idées finirent par disparaître.
C’est en Algérie que les idées ont survécus jusqu’à ce que le pays obtienne son indépendance. Comme le membre du FLN l’a dit à Ali, c’est en effet le peuple qui a fait le reste et permis un changement politique. Dans la bataille d’Alger, la lutte du FLN a laissé une marque profonde dans la population, et influencé la demande d’indépendance ; des années plus tard.
Les deux films montrent qu’en effet supprimer des personnes ne supprime pas leurs idées. L’utilisation de l’insurrection dans Baader-Meinhof a cependant eu peu d’impact sur la politique étrangère de l’Allemagne et le public a surtout retenue les victimes.
Avez vous pu regarder ces deux films? Si oui, qu’en pensez-vous?
MAHK



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