Mali: l’histoire se répète?

Le président Ibrahim Boubacar Keita tombe de son siège chancelant.

Objet de contestation d’un croissant mouvement  de manifestations qui secouent le pays depuis plus de deux mois, le chef de l’Etat malien a présenté sa démission à la suite de son arrestation  puis  détention par des officiers de l’armée malienne au camp Kati le mardi 18 Août 2020. Pris en quelque sorte en sandwich entre la fronde de  l’opposition et les calamités du  terrorisme djihadiste, le gouvernement central s’est trouvé fort affaibli. Malgré des propositions de concessions et  la main tendue à un gouvernement d’union nationale, c’est plutôt la démission d’IBK qui était attendu. Il devient ainsi le quatrième président malien à se faire renverser à la suite d’un coup d’état.

Après un peu plus d’un quinquennat, les citoyens sont déçus et ne voient pas les progrès que le président avait annoncés aussi bien sur le plan sécuritaire, qui ne cesse de se dégrader, que sur le plan économique et social. Le mouvement du 5 Juin -dirigé par l’imam Dicko– qui a organisé un imposant rassemblement à Bamako a refusé les propositions de la médiation de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et d’autres acteurs. 

Défis non relevés et crise de confiance

Le président avait promis une armée malienne plus forte, performante et indépendante mais l’appui de l’ONU et de la force Barkhane n’a pas été réduit. L’on relèvera que les forces de  défense et de sécurité maliennes ont été la cible de 49 attaques, qui ont fait 67 morts et 86 blessés parmi les soldats.

L’enlèvement de l’ex-Premier Ministre Soumaïla Cissé depuis près de 5 mois dans la région de Tombouctou a constitué également un autre volet du panorama. Les familles, des leaders politiques et la société civile ont manifesté et réclamé des informations au gouvernement sur le cas du chef de l’opposition. Fait-on le nécessaire pour obtenir sa libération ? Le président avait affirmé début juillet, que l’opposant devrait faire son retour bientôt sans plus de détails.

Ce kidnapping illustre à nouveau la faiblesse du gouvernement central et l’insécurité croissante non seulement à l’intérieur du pays mais dans le Sahel.  En plus de cela, la situation économique et sociale du pays ne s’est pas grandement améliorée, ce qui a favorisé la demande  du départ du président Kéita, au pouvoir depuis 2013. 7 ans plus tard le bilan n’est pas flatteur.

Ajouté à cela, la démission forcée le 14 juin dernier de  Karim Keïta -le fils du président- de la Présidence de la Commission de Défense et de Sécurité de  l’Assemblée Nationale suite à la publication de vidéos jugés scandaleuse concernant ce dernier et des amis en train de faire la fête sur un bateau en plein milieu des manifestations au Mali.

La suite

Il semblait que seule la démission du président pouvait mettre fin à cette crise institutionnelle et politique. Le président IBK était sur la sellette et ses tergiversations lui ont  peut-être permis de gagner du temps mais ont plutôt détérioré  la situation. Le premier président du Mali, Modibo Kéita a lui-même été renversé par l’armée en 1968. Ce coup a conduit  Moussa Traoré au pouvoir qui connut le même sort en 1991 et fut remplacé par Amadou Toumani Touré dit ATT. Celui-ci  fut aussi contraint de fuir dans le courant de son deuxième mandat en 2012. C’est donc le 4ème coup d’état que subit un président malien en fonction.

Cependant, ces renversements militaires encouragés ou applaudis par des liesses populaires ne se sont pas toujours bien terminés. Les problèmes du peuple malien ne semblent pas trouver de solutions malgré la vague de succession des dirigeants depuis l’indépendance.

Le peuple malien reste dans l’attente.

MAHK


Posted

in

,

by

Tags:

Comments

Laisser un commentaire